🏹 Les vacances de Simon

Partie 1 : Dilemme

⚠️ Ceci est une œuvre de fiction

⚠️ Reproductions et distributions interdites

 

- Simon, descends s’il te plait.

C’est papa qui m’appelle depuis le rez-de-chaussée de la maison, et il est chiant quand il fait ça, s’il veut me parler il n’a qu’à monter. Je décide de ne pas lui répondre, à faire comme si je n’avais pas entendu. Ça ne fait même pas une heure que je suis rentré du collège et j’ai envie d’être tranquille.

- Simon !

Une nouvelle fois, je décide de ne pas répondre et je mets mes écouteurs dans les oreilles, comme ça, s’il monte dans ma chambre, j’aurais un prétexte pour ne pas l’avoir entendu.

Alors que je suis allongé sur mon lit, mes écouteurs enfoncés dans mes oreilles, je vois la porte s’ouvrir d’un coup.

- Tu pourrais me répondre quand je t’appelle ! dit alors mon père, visiblement un peu énervé.

- Je ne t’ai pas entendu, dis-je en enlevant mes écouteurs. J’écoutais de la musique.

Ces six derniers mois ont été un peu compliqués pour nous deux. Maman est décédée d’un cancer du pancréas. Tout s’est passé assez vite entre la détection de sa maladie et son décès, en moins d’un an elle n’était plus là.

Je m’appelle Simon, j’ai 11 ans et je suis fils unique. Avant, nous étions une famille comme toutes les autres où nous passions de supers moments ensemble. Depuis que maman est morte, rien n’est plus pareil. Papa est tout le temps sur mon dos à me demander si j’ai bien fait mes devoirs, à me dire d’aller me laver, à me réveiller tôt, même le week-end. Je regrette vraiment maman. En plus, papa a peut-être retrouvé du travail il n’y a pas longtemps. Il avait arrêté de travailler pour s’occuper de maman et est resté quelques mois sans travailler après sa mort.

Papa semble un peu contrarié, je ne sais pas trop ce qu’il a à me dire. Est-ce pour me dire que son entretien n’a pas fonctionné ?

- Comme je t’en avais parlé, j’ai eu un entretien aujourd’hui, je reviens tout juste de chez eux. Ce n’est pas tout près et ça m’a bien pris 45 minutes pour faire le trajet mais le travail qu’ils me proposent me plaît, et je vais dire oui.

Je suis content, papa sera donc moins à la maison s’il travaille de nouveau, surtout si c’est loin. Au moins il ne sera pas à la maison quand je rentrerai du collège, je pourrai ainsi faire de la console. Il est chiant là-dessus, il veut toujours que je fasse mes devoirs avant et en plus il ne veut pas que j’en fasse plus de 30 minutes par jour.

- C’est cool, dis-je sans non plus donner la raison de ma réjouissance.

- Je suis content oui, cela va me faire du bien de ne plus rester à la maison et de revoir du monde. Tu sais Simon, on en a déjà parlé et je sais que ces derniers mois n’ont pas été faciles pour toi, mais ils ne l’ont pas été non plus pour moi.

Je ne le sais que trop bien oui ! Cela nous a bouleversé tous les deux même si on ne l’a pas vécu de la même manière. Nous n’étions pas forcément super proches tous les deux avant la mort de maman, et cela ne s’est pas arrangé ensuite. On ne se parle que pour le minimum, on ne se raconte pas grand chose.

- C’est bientôt les vacances, reprend-il, cela va même venir super vite. On est lundi, et elles commencent samedi.

Mais oui, j’avais presque oublié ces vacances. C’est trop bien, je vais donc être à la maison tout seul, pendant une semaine. Je vais pouvoir me lever tard, manger quand j’en aurais envie, et faire autant de console que je le voudrai.

- Je sais que cela ne te déplairait pas de rester seul à la maison mais je ne veux pas que cela se passe comme ça.

- Pourquoi ? Tu n’as pas confiance en moi ?

- Ce n’est pas vraiment une question de confiance, dit-il, mais plus une question de sécurité et d’hygiène de vie. J’imagine trop bien comment cela se passerait, je ne suis pas né de la dernière pluie, j’ai été jeune aussi.

- Ah donc comme tu ne respectais pas les règles de tes parents quand tu avais mon âge, tu penses que je ne le ferai pas non plus ?

- Simon, ne me prend pas pour un imbécile non plus. On sait tous les deux comment ça se passerait. De toute façon, ce n’est pas le sujet de cette conversation, je ne veux pas que tu restes seul à la maison.

Je suis dégouté de ce que papa me dit. Moi qui aurais pu être tranquille, je ne le serai pas.

- Et donc, je vais oĂą ?

- C’est de ça dont je voulais te parler. Je vois deux solutions possibles. Le délais est très court et à par ces deux là, je n’en ai pas.

Je me demande bien ce que va proposer mon père et j’ai comme une appréhension, j’ai vraiment peur que ce qu’il va me dire ne va pas me plaire.

- Je ne les ai pas encore appelés pour leur demander si c’est possible mais il y a la première possibilité d’aller chez tes grands-parents.

- Tu parles de pépé et mémé là ?

- Ne les appelle pas comme ça, tu sais qu’ils n’aiment pas ça. Mais oui, je parle des parents de ta maman.

- La réponse est non directe, je ne veux absolument pas aller chez eux. La dernière fois ça ne s’est pas très bien passé.

L’été d’avant, j’étais donc allé chez eux pour les vacances. Je n’y étais jamais allé avant, du moins seul, et mes parents m’avaient dit que ça serait génial. Eh bien en fait, ça ne l’a pas été du tout. Je n’avais le droit de rien faire, ils étaient pires que mes parents. J’ai même demandé à mes parents de pouvoir rentrer plus tôt. Je me suis ennuyé comme jamais ! Le deuxième jour, on s’est même disputé et je suis resté enfermé dans ma chambre, je ne voulais plus sortir.

Le jour du départ, je ne leur ai même pas dit au revoir, maman était d’ailleurs furieuse contre moi. Je ne remettrai plus jamais les pieds là-bas.

- J’imaginais bien que tu allais me répondre ça oui. La deuxième solution que j’ai, c’est celle du centre de loisirs.

- Mais c’est pour les petits ça les centres de loisirs. On y va quand on est à l’école primaire, pas quand on est au collège !

- Je suis presque certain que ce n’est pas une question de niveau scolaire mais une question d’âge. Il me semble bien que les enfants peuvent y être accueillis de 3 à 12 ans. Je m’étais renseigné il y 3 ans et c’est ce que l’on m’avait dit.

- Mais papa, aucun de mes copains ne va dans ce genre d’endroit !

- Tu pourras t’en faire d’autres ! Ou même proposer à tes copains de s’y inscrire aussi.

Quelle loose cette histoire de centre aéré ! Je risque de ne me retrouver qu’avec des petits, à faire des activités de petits.

- Que décides-tu Simon ? me questionne papa.

- Bah je n’ai pas vraiment le choix, je prends le centre.

- J’espère juste qu’ils auront de la place. Je vais appeler tout de suite. Et si jamais ils n’en avaient pas, tu iras chez tes grands-parents.

Papa sort alors de ma chambre et je l’entends descendre les escaliers. Je sors alors de ma chambre moi aussi, et je me dirige sur le palier, histoire de pouvoir écouter la conversation. De là où je suis, je peux le voir mais lui ne me voit pas. Il pianote sur son téléphone quelques secondes, certainement à la recherche du numéro de téléphone puis il active le haut-parleur de son smartphone.

- Service jeunesse, Constance à votre écoute.

Papa explique alors le but de son appel.

- Je ne vous cache pas que cela va être très compliqué, explique la dame. Nous avons déjà beaucoup de réservations prises. Je vais regarder dans les différents centres aérés de la communauté de commune. Rappelez moi l’âge de votre fils ?

- Il a 11 ans.

Quelques secondes s’écoulent avant que la dame ne réponde de nouveau.

- Dans cette catégorie, je n’ai malheureusement plus aucune place, dans aucun des centres. Je suis vraiment désolée. Ah moins que… laissez-moi encore quelques secondes, je vérifie si…

- Oui, dites-moi.

- Après vérification, il me reste une place, dans le centre aéré des Marots, mais elle est réservée aux enfants porteurs d’un handicap.

Papa ne répond pas sur le coup, c’est comme s’il réfléchissait à ce qu’il allait dire. Je ne suis pas handicapé donc il ne peut pas répondre oui, cela se verrait immédiatement.

- Je ne voulais pas en parler pour éviter de mettre ça en avant, dit mon père, mais mon fils est incontinent. Est-ce qu’il rentre dans le cas d’enfants porteurs de handicap ?

Je n’en crois pas mes oreilles ! Papa dit que je suis handicapé ? Mais non, ce n’est pas vrai. Et d’ailleurs, je ne sais même pas ce que cela veut dire “incontinent”.

- Oui bien sûr, répond la dame. C’est parfait alors. Il faudrait remplir un dossier le plus tôt possible afin de bloquer la date. Qu’en pensez-vous pouvoir venir ?

- Mercredi après-midi, c’est possible pour vous ?

- J’ai une disponibilité à 14h.

- Très bien, je vous prends ce créneau alors. Je suis monsieur Mitonno.

- Je note ça sur mon agenda. Prenez de quoi noter, je vous donne la liste des justificatifs qu’il faudra aporter : certificat de vaccination, livret de famille, fiche d’impositions, justificatif de domicile et certificat d’un médecin comme quoi votre enfant est porteur de handicap.

- J’ai tout noté, merci. Je vous dis à mercredi alors. Merci madame et bonne journée à vous.

Aussitôt que papa a raccroché, je retourne dans ma chambre. Je n’ai pas envie de montrer à papa que j’ai entendu la conversation et je préfère attendre qu’il revienne vers moi. Ce que j’ai retenu en tout cas, c’est qu’il lui faudra un certificat médical et ça, ça va certainement poser problème. Quel médecin voudrait établir un faux certificat ? Pas notre médecin en tout cas, papa ne l’aime pas du tout et je ne l’imagine pas lui demander ça.

À peine ai-je fermé la porte que j’attrape mon téléphone et tape dans la barre de recherche le mot “incontinent”. Heureusement que la complétion est là car je n’aurais jamais trouvé l’écriture exacte. Je lance alors la recherche et trouve la définition.

Je lis le premier résultat : “Qui manque de retenue, de modération.” et je ne comprends pas vraiment le sens, cela ne doit pas être ça. Je lis la deuxième définition : “Qui ne peut contrôler ses émissions de matières fécales ou d'urine.”. Avec un exemple de phrase : “Un enfant incontinent”.

J’ai la gorge qui se noue. Mon père veut me faire aller dans un centre aéré en me faisant passer pour quelqu’un qui se pisse dessus ou se chie dessus ?! Non, ça n’est pas possible, il ne peut pas faire ça ! Je ne peux vraiment pas croire ce que j’ai entendu.

Peu après, alors que je suis toujours dans mes pensées, papa rentre dans ma chambre. J’ai toujours la gorge nouée depuis que j’ai entendu la conversation qu’il a eue.

- J’ai trouvé une place, dit alors papa sans rien dire de plus.

- Où ça ? dis-je.

- Dans un centre aéré, tout près d’ici d’ailleurs.

- Et il y avait de la place ?

- Oui, on a d’ailleurs rendez-vous mercredi après-midi pour aller faire ton inscription.

Papa ne semble pas vouloir mentionner ce qui me questionne depuis tout à l’heure. Je ne sais pas trop comment le faire parler sans lui dire que j’ai entendu la conversation. Comment imagine-t-il que cela va se passer si je suis au centre et que je n’ai pas ce handicap dont il leur a parlé ?

Il semble quand même hésiter, je pense qu’il a peur de m’en parler et surtout peur de ma réaction.

- Il y a juste que…

- Que quoi ? demandé-je impatient de voir la manière dont il va aborder le sujet.

- Je leur ai dit que tu avais un handicap, que tu avais des accidents… ou plus exactement des fuites urinaires.

- Mais ce n’est pas vrai ! Je ne suis pas incontinent !

À peine ai-je lâché ce mot que je sais que papa a compris que j’ai entendu sa conversation avec la dame.

- Tu as écouté mon appel téléphonique, toi.

- Oui j’ai écouté, et c’est du n’importe quoi ! Tu es prêt à mentir pour que j’aille dans ce centre aéré.

- Simon, si j’ai fait ça, c’est pour toi ! Pour ne pas que tu ailles chez tes grands-parents.

Je n’en reviens pas qu’il dise qu’il fait ça pour moi !

- Mais attends, si tu leur dis que je me pisse dessus et qu’ils voient que je ne le fais pas, ils vont comprendre que tu leur as menti. Et puis comment vas-tu faire pour le certificat médical ? Tu ne vas pas le faire toi-même j’imagine ?

- Pour le certificat, je m’en occupe. Je pense que je vais réussir à en avoir un. Quant aux accidents, il faudra que tu en ais effectivement, sinon ils vont comprendre oui, tu as raison.

- Donc tu attends de moi qu’en pleine journée je me pisse dessus devant tout le monde ? Devant les adultes, mais aussi les enfants ? Ils vont se moquer de moi, je vais être la risée de tous. Il est hors de question que je fasse ça !

Je suis énervé et je pense que le ton de ma voix le fait bien comprendre à mon père.

- C’est pourquoi j’ai pensé à la solution de porter des protections…

- C’est quoi ça ? demandé-je énervé.

- On appelle ça aussi des couches.

- Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que tu me dis. Je vais reformuler : tu veux que je porte des couches comme les bébés, c’est ça ? J’ai 11 ans, papa ! J’ai passé l’âge.

- Oui c’est exactement ça, tu as parfaitement compris.

- Même si je le faisais, et j'utilise bien le mot "même", les autres se moqueraient de moi ! Tu imagines un garçon de mon âge en couche toi ?

- Tu sais, cette maladie existe vraiment. Il y a vraiment des personnes de ton âge, et même plus grandes, qui en souffrent et qui se protègent pour que cela passe inaperçu. Car oui, porter une couche ne se voit pas. Personne ne voit ce qu’il y a sous les habits des gens.

- Je continue sur ton idée, dis-je. Imaginons-nous que j’en porte une et qu’elle ne se voit pas, si je ne fais pas pipi dedans, les animateurs du centre aéré vont là aussi comprendre que c’est pour de faux, et donc me mettre dehors.

- C’est pour ça qu’il faudra que tu joues ton rôle de garçon incontinent. Si jamais ils comprennent que l’on s’est moqué d’eux, ils vont résilier le contrat et tu seras obligé d’aller chez tes grands-parents.

Papa me met au pied du mur. Il veut que je mente, que je me ridiculise en portant des couches et en pissant dedans. Je ne peux pas accepter ça.

- Je ne comprends même pas que tu me demandes ça, c’est hors de question.

- Donc tu préfères aller chez tes grands-parents ?

- Je ne préfère rien du tout, je ne peux pas accepter aucune de tes deux propositions.

- Et si je te proposais de t’acheter la nouvelle console de jeux que tu réclames depuis plus d’un an, est-ce que ça pourrait t’aider à te décider ?

Papa est en train de m’acheter, de me proposer un deal ! La PS5 j’en ai plus qu’envie. Je le le tanne depuis des mois pour l’avoir et il me répond toujours que c’est trop cher.

- Donc si je vais chez pépé et mémé tu m’achètes une console pour là-bas ?

- Non, bien sûr que non. Si je te propose d’acheter la console c’est pour la solution du centre aéré. T'envoyer chez tes grands-parents me coûterait de l’argent et je n’en ai pas beaucoup en ce moment. La solution du centre aéré est bien moins coûteuse et la différence pourrait financer l’achat de ta console.

Le dilemme est dur… En gros, soit je vais chez mes grands-parents et je n’ai pas ma nouvelle console, soit je vais dans ce centre aéré cinq jours et j’ai une console.

- D’accord pour le centre !

- Attention, que l’on soit bien d’accord. Il faudra que tu passes réellement pour un enfant incontinent, et jusqu’à la fin de la semaine. Je dirais même jusqu’à tes 12 ans révolu et que tu ne sois pas en âge d’aller dans un centre aéré.

- Comment ça ?

- Si pendant d’autres vacances tu ne peux pas non plus aller chez tes grands-parents, il faudra que tu y retournes dans ce centre aéré et qu’ils n’aient donc pas de doutes sur le fait que tu as simulé tes problèmes d’incontinence.

Ah ouais, donc ce n’est en fait pas forcément que cinq jours… Mais bon, d’ici là, on verra bien.

- Et je pourrai jouer plus de 30 minutes par jour ?

- Ne pousse pas le bouchon trop loin, on verra en temps voulu. Réussis déjà ce que je te propose et on avisera.

- Le deal me convient, j'accepte.

Comme le dit mon père, personne à part le personnel du centre ne devrait voir ma couche cachée sous mes vêtements. Et même si un gamin de 5 ans la voyait, pourquoi irait-il le dire. En plus, je pourrais certainement aller faire pipi aux toilettes discrètement. Ce qui m’embête le plus, c’est de devoir peut-être faire pipi dans ma couche au moins une fois dans la journée. Mais bon, s’il n’y a que ça à faire pour avoir une nouvelle console, je suis prêt à faire ce sacrifice !

Chapitre suivant : 🆓 Partie 2 : Achat au supermarché
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A.D.

Constance Médical

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-

Arthur chez le kiné

Quand sera-t-il possible de lire cette histoire ?

ABjm

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Trop mignonne et touchante cette histoire courte. Elle fait plaisir Ă  lire.

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