🚆 Le train de mamie
Partie 2 : À la gare
⚠️ Ceci est une œuvre de fiction
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Nous avons environ une heure et demie de route pour aller à la gare et pendant que nous roulons, nous discutons avec maman. Elle a beau me rassurer, me dire que tout va bien se passer, je suis tout de même un peu inquiet. Et plus nous nous rapprochons, plus je sens que le stress monte. J'essaye de ne pas le montrer à maman car je ne veux pas l'inquiéter dans son état, mais intérieurement, je ne fais pas le fier.
- Le train est Ă 7h17, me signe maman tout en conduisant.
- On sera à l'heure ? Lui réponds-je à mon tour en lui répondant en signant moi aussi.
- Oui, j'ai pris une marge de sécurité et il n'y a pas grand monde sur la route, ça va aller. Une fois arrivés à la gare, il faudra que l'on fasse la queue pour le contrôle des billets.
- Le trajet en train dure combien de temps déjà ?
- Environ trois heures.
Heureusement que j'ai pris un sac avec de quoi m'occuper, car trois heures, c'est long ! J'ai beau essayer de me rendormir un peu dans la voiture, je n’y parviens pas. Il est pourtant très tôt et je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit. J'ai beau avoir 9 ans et jouer au grand, me retrouver dans un seul, avec des inconnus, m’effraie. J'imagine que mon handicap n'est pas étranger à cela. Il m'est déjà arrivé de nombreuses fois de me retrouver à tenter de discuter avec des personnes entendantes mais sans parvenir à nous comprendre, et ce n'était pas cool. Il n'y a pas longtemps, un enfant m'a même traité de débile. Je le sais car j'ai réussi à le lire sur ses lèvres.
- Tout va bien se passer, me dit maman en semblant lire dans mes pensées.
- Je sais, dis-je sans vraiment le penser.
La fin du trajet est proche et il se met à pleuvoir. Maman, qui roule plutôt prudemment, redouble d'attention car la pluie s'intensifie. Lorsque nous arrivons près de la gare, nous cherchons le parking, maman y engouffre la voiture lorsque nous l'apercevons. Une fois la voiture garée, je consulte l'heure sur mon téléphone et je peux voir que le train part dans moins de 30 minutes.
Ma valise est sortie du coffre et j'ai mon petit sac à dos accroché sur mon épaule. Voilà , l'aventure va commencer et je sens le stress franchir un cap. Une fois sortis du parking, nous sommes heureusement abrités pour atteindre l'intérieur de la gare car il pleut toujours.
Autour de nous, de nombreuses personnes marchent dans la même direction. Entre maman qui est enceinte et qui me parle en signant avec ses mains, et moi qui lui répond de la même manière, nous ne passons pas inaperçu. J'ai l'habitude que l'on nous regarde car cela intrigue les gens, cette langue. Je sais, pour en avoir discuté avec de nombreuses personnes, que c'est un peu mystérieux. Les gens m'ont déjà dit que ça doit être génial de pouvoir discuter ainsi, dans le calme, et surtout sans être compris par les autres.
Il y a quelques années, un film est sorti au cinéma : “La famille Bélier”. Il parlait de ce sujet d'une famille malentendante. Il a fait le buzz au cinéma et il a été plutôt bénéfique au sein de la communauté des sourds car il a fait comprendre que nous sommes comme les autres, que si nous n’entendons pas, nous ne sommes pas pour autant des handicapés mentaux. Le fait d'être regardé, j'ai donc l'habitude, et cela ne me gène pas.
Nous entrons maintenant dans la gare et de nombreuses personnes sont déjà là , à attendre. Cette gare, je la connais, j'y suis déjà venu avec maman. La dernière fois, ça devait être il y a un an ou deux, et notre quai était juste devant, ou plutôt en dessous. J'ai bien l'impression que cela sera le même aujourd'hui. Maman s'avance. Je la suis. La voie de notre train est effectivement celle-là . Nous patientons quelques minutes après s’être glissé dans la file d’attente et j'en profite pour regarder les gens.
Il y a de plus en plus de monde mais je me fais la remarque qu’il y a surtout beaucoup de familles avec des enfants. En même temps, c'est les vacances, c'est assez normal. Il y a des touts petits dans des poussettes mais aussi des enfants de tous les âges. Certains semblent avoir mon âge. Je trouve cela rassurant, je ne serai pas qu'avec des adultes. D’ailleurs derrière moi, il y a un garçon avec sa petite sœur et ses parents. Lui a environ mon âge, et ça serait cool si c’est avec lui que je pouvais faire le trajet.
Voilà , la file commence à avancer pour passer les contrôles des billets. Cela va assez vite et nous nous présentons devant le contrôleur.
- Bonjour monsieur, dit maman. J’amène mon fils au train mais je ne monte pas dedans. Est-il possible pour moi de l’accompagner pour s’installer à sa place ?
- Bonjour, lui répond-il. Normalement non, mais allez-y. Faites juste très attention à bien descendre à temps du train par contre.
- Je vais y veiller, merci beaucoup monsieur.
Ouf, c’était déjà une de mes craintes, celle que maman ne puisse pas venir avec moi jusqu'au train. Maman était certainement un peu stressée aussi mais ne me l'avait pas dit. Moi, je ne m’en étais pas aperçu sur le coup, mais mon cœur s’était mis à battre plus vite. Je sens qu’il ralentit maintenant.
Maman traîne ma valise tandis que je porte mon sac à dos. Nous descendons maintenant un escalator et arrivons sur le quai où le train est déjà là .
- Suis-moi, me dit maman après avoir trouvé dans quel sens nous devons marcher sur le quai pour trouver mon wagon.
Il y a beaucoup de monde sur ce quai. Nous commençons donc à marcher et même à nous faufiler entre les gens qui ne vont pas tous dans le même sens. Le numéro des wagons défilent : le 4, le 5, et puis le 6, le mien.
- C'est ici, annonce maman qui attend pour monter dans le wagon que d'autres personnes montent devant nous.
À voir sa tête, je la sens stressée. Déjà que moi je le suis, cela ne m'aide pas à me calmer. Je commence d'ailleurs à avoir envie de faire pipi. Et peut-être même envie de faire caca car j'ai un peu mal au ventre. Je suis à quelques minutes de laisser maman, d'être seul dans ce train, et ce pour les trois prochaines heures.
C'est à notre tour de monter dans le train. L'échéance est vraiment proche maintenant.
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