👨‍👨‍👧‍👦 Une famille en couche

Partie 3 : Carl m’invite chez lui

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Aujourd’hui, pendant la récréation, Carl me surprend en me proposant quelque chose auquel je ne m’attendais pas.

— Tu veux venir chez moi cet après-midi ? On pourrait jouer, et je te montrerai mes jeux préférés.

Je suis tellement pris de court que je mets une seconde à répondre.

— Oui, bien sûr ! Ça me ferait plaisir.

Depuis qu’on est devenus amis, je n’ai encore jamais été chez lui. L’idée de découvrir un peu plus de sa vie m’intrigue. Carl est sympa, intelligent, mais il reste parfois un peu mystérieux. Je me demande à quoi ressemble sa maison et, surtout, sa famille.

Après l’école, on part ensemble. Il n’habite pas très loin, à une quinzaine de minutes à pied. En chemin, il me parle un peu de ses frères et sœurs.

— Ils sont quatre. Je suis le deuxième de la fratrie, m’explique-t-il. Ça fait du bruit, tu verras, mais c’est toujours comme ça chez nous. Il y a Lucas, il a 17 ans, et est un passionné de mécanique et de motos. Il passe des heures dans le garage à bricoler, réparer ou améliorer des moteurs. Il aime aussi les jeux vidéo, particulièrement les simulations de course. Il y a aussi Emma que tu connais déjà. Elle adore la danse et la musique. Elle s’invente souvent des chorégraphies qu’elle présente fièrement à sa famille. Elle est aussi passionnée par les arts manuels, comme le dessin ou la fabrication de bracelets. Et il y a enfin Noah qui aime les animaux, particulièrement les chiens et les chevaux. Il collectionne les figurines d’animaux et adore regarder des documentaires sur la faune. Il aime aussi jouer avec des Lego et construire des choses imaginaires. Et ma toute petite sœur, c’est Camille, elle a un an.

— Wow, dis-je après l’avoir écouté sans l'interrompre. Tu as pleins de frères et soeurs !

— Et il y a mon père, Antoine, il est architecte indépendant, il travaille principalement depuis son bureau à domicile. Et pour terminer, il y a maman, elle est infirmière en milieu scolaire. Elle a un emploi du temps flexible, ce qui lui permet de passer beaucoup de temps avec nous : elle aime cuisiner et essayer de nouvelles recettes. Elle s’appelle Sophie.

— C’est sûr que ça doit être bruyant chez toi avec cette famille nombreuse. Ça ne me dérange pas, j’ai une petite sœur qui chante tout le temps.

Quand on arrive, sa maison est modeste, mais accueillante. Une odeur sucrée flotte dans l’air. Dès qu’on entre, un petit garçon passe en courant devant nous, en riant. Carl le rattrape doucement.

— Noah, dis bonjour à Tim.

Le garçon s’arrête, un sourire aux lèvres.

— Bonjour !

Je le salue en retour, amusé par son énergie. Il doit avoir l’âge de ma sœur Éléna. Puis j’aperçois Emma que je connais déjà, assise sur un tapis du salon, en train de jouer avec des poupées.

— Mon grand frère n’est pas encore rentré, ajoute-t-il, et Camille dort pour l’instant.

Je hoche la tête, essayant de remettre chaque prénom sur ceux que j’ai vu.

On monte dans la chambre de Carl et je découvre une superbe chambre. Son lit double, placé contre le mur principal, est recouvert d’une grande couverture bleu nuit parsemée de motifs d’étoiles et de constellations. Au-dessus, une étagère suspendue regorge de livres aux couvertures colorées, principalement des romans fantastiques aux titres évocateurs : dragons, royaumes perdus, quêtes héroïques. Quelques-uns des livres, certainement souvent feuilletés, traînent encore sur son oreiller ou sur le sol, à côté de la lampe de chevet.

Dans un coin de la pièce, il y a une commode en bois clair. Sur le dessus de celle-ci cela semble être un petit musée de ses passions. Un globe terrestre vintage y trône, entouré de pierres ramassées lors de ses balades en forêt, d’une boussole en laiton un peu usée et d’une figurine de chevalier en armure. Un cadre photo montre Carl et ses amis en pleine exploration, leurs visages éclatant de joie.

Près de la fenêtre, un grand tapis vert moelleux, un peu usé par endroits, invite à s’asseoir ou à s’allonger avec un livre. Un ballon de foot traîne dans un coin, accompagné d’une paire de baskets pleines de boue séchée. Sur le bureau, installé à côté de la fenêtre pour profiter de la lumière naturelle, un carnet de notes est ouvert, rempli de dessins de créatures fantastiques et de cartes imaginaires tracées à la main. À côté, des stylos, des crayons de couleur et un pot rempli de plumes décoratives sont éparpillés.

Les murs sont décorés de posters de forêts mystérieuses, d’équipes de football célèbres et d’un tableau en liège où Carl épingle des cartes postales, des photos de ses découvertes et des petits souvenirs. Une guirlande lumineuse, en forme de petites lanternes, est suspendue autour de la fenêtre, donnant à la pièce une atmosphère chaleureuse et magique une fois la nuit tombée.

On commence à jouer à un jeu de société qu’il me présente comme son préféré. On y joue un petit moment avant que je n’exprime l’envie de regarder ses livres qui m’attirent. Je me lève alors et me promène dans sa chambre.

Je parcours des yeux ses livres et plusieurs m'intéressent mais je continue de visiter sa chambre. Sur sa commode où trônent différents objets, il y a une sculpture de dragon qui attire mon attention, je m’en approche. Je vois alors, dans un tiroir ouvert, ce qui ressemble beaucoup à une pile de couches soigneusement rangées. Je me demande à qui elles appartiennent, mais je décide de ne rien dire. Ce n’est pas mes affaires. Pourtant, maintenant que j’y pense, en bas, près de la table à langer dans le salon, j’avais déjà vu des couches. Tout en jouant, je ne peux m'empêcher de regarder ces couches. Si elles sont dans sa chambre, ne lui sont-elles pas destinées ?

Après trente minutes, sa maman nous appelle pour le goûter. On descend dans la cuisine, où tout le monde est rassemblé. Camille, le bébé, est installée dans une chaise haute, et Emma et Noah sont déjà à table.

La cuisine est animée, il y a des rires et des pleurs. leur maman finit de préparer des tartines pendant que leur papa verse des verres de jus. Camille, le bébé, gazouille joyeusement dans sa chaise haute.

— Ah, Tim ! C’est un plaisir de te rencontrer, dit leur maman avec un sourire chaleureux. Carl nous a parlé de toi.

— Bonjour, Madame, bonjour Monsieur, je réponds timidement.

On s’assied autour de la table, et l’ambiance est légère et joyeuse. Ils me posent des questions et je réponds tout en les observant.

Noah raconte une anecdote de l’école maternelle, tandis qu’Emma chante une comptine, exactement comme le ferait ma petite sœur. Je mange en silence, observant cette famille si différente de la mienne. Ils sont si soudés, si ouverts les uns envers les autres, que ça me fascine.

Mais, au milieu de tout ça, je remarque quelque chose d’intriguant : leur maman passe alors derrière Emma et Noah. Elle soulève légèrement la jupe d’Emma et le t-shirt de Noah, comme si c’était la chose la plus normale du monde.

Je me tends un peu, ne sachant pas trop où regarder, mais personne ne semble gêné.

— Tout va bien pour vous deux, constate leur maman avec un sourire satisfait. Et toi Carl ?

— Ça va, lui répondit-il.

Leur papa rit doucement.

— Comme d’habitude, tu es toujours au taquet, dit-il en attrapant une tartine.

C’est là que je comprends : Emma porte une couche, je viens de la voir sous sa jupe alors qu’elle se baisse. Noah aussi, je vois il lève les bras pour attraper un jouet sur le buffet de la cuisine. Je suis surpris, mais je fais semblant de ne rien voir.

Carl semble remarquer mon regard curieux.

— Ça va ? me demande-t-il doucement.

— Oui, oui, tout va bien, je réponds avec un sourire.

Je sens que quelque chose ici est différent, mais je ne veux pas juger ou poser de questions trop vite.

Après le goûter, alors qu’on retourne dans sa chambre, Carl s’arrête dans l’escalier et se tourne vers moi.

— Tim, j’ai vu que t’as remarqué des trucs. Tu te demandes sûrement pourquoi Emma et Noah portent des couches, non ?

Je suis pris au dépourvu.

— Euh… un peu, avoué-je. Mais je ne voulais pas te mettre mal à l’aise.

Carl sourit.

— Ça ne me dérange pas. En fait, dans ma famille, c’est normal. Certains d’entre nous en portent parce qu’ils en ont besoin, comme Noah ou Camille, et d’autres parce qu’ils aiment ça ou qu’ils trouvent ça pratique.

Je cligne des yeux, surpris par sa réponse.

— Sérieux ?

— Oui. Chez nous, on ne juge pas. On fait ce qui nous convient. Mes parents sont très ouverts là-dessus, et ils veulent juste qu’on se sente bien.

Je reste silencieux un moment, réfléchissant à ses mots. Je ne m’attendais pas à ça, mais je peux voir que tout est fait dans une ambiance bienveillante. Carl ne semble pas gêné d’en parler, et ça me met à l’aise.

— C’est… cool, dis-je finalement. Enfin, je veux dire, c’est bien que vous puissiez être vous-mêmes, sans que personne ne vous critique.

Carl hoche la tĂŞte.

— Merci. Beaucoup de gens ne comprendraient pas, mais je suis content que toi, tu sois différent.

Je souris.

— T’inquiète, Carl. Je suis ton ami, et je trouve que c’est génial que vous soyez si soudés.

Depuis que je suis arrivé chez Carl, je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’il m’a raconté. Toute sa famille semble vivre avec cette dynamique si particulière autour des couches, et je ne comprends pas tout. Ce n’est pas que ça me dérange, mais je suis intrigué. Et puis, une question me trotte dans la tête depuis un moment : est-ce que Carl lui-même en porte parfois ?

On est dans sa chambre, en train de faire nos devoirs. Carl est concentré sur un exercice de maths, mais je remarque qu’il se lève brusquement.

— Attends, je reviens. Je m’absente cinq minutes, dit-il avant de quitter la pièce.

Je hoche la tête, sans poser de questions. Mais à peine a-t-il fermé la porte que mon esprit s’emballe. Où est-ce qu’il va ? Pourquoi est-il parti comme ça, en plein milieu de notre exercice ?

Quand Carl revient, il porte un jogging gris qui tombe légèrement sur ses hanches. Je remarque tout de suite quelque chose de différent. Sous le tissu, il y a une légère forme, un peu gonflée. Mon regard est attiré malgré moi, et Carl le remarque tout de suite.

— Oui, tu as bien vu, dit-il avec un sourire calme.

— Vu quoi ? Réponds-je, un peu pris de court.

— Que je porte une couche maintenant, avoue-t-il en s’asseyant sur le tapis.

Je ne sais pas quoi dire. Ce n’est pas vraiment une surprise, mais l’entendre le dire me fait quelque chose.

— Tu en mets souvent ? Lui demandé-je finalement.

— Pas tout le temps, mais j’aime bien. Ça me fait me sentir plus détendu. Et puis, comme je t’ai dit, dans ma famille, c’est normal.

Je hoche la tête, encore une fois frappé par l’atmosphère de bienveillance qui semble régner chez lui. Carl est si naturel, si à l’aise avec ça, que je ne peux qu’être impressionné.

— D’accord, je comprends, dis-je simplement. C’est pour ça qu’il y a des couches dans ta chambre alors.

— Exactement, ce sont mes couches pour la nuit celles-là.

Je n’en reviens pas de ce que me dit Carl. Il porte donc aussi des couches la nuit en plus de celles qu’il porte le jour.

Il sourit et reprend son stylo.

— Allez, on termine cet exercice.

On continue nos devoirs comme si de rien n’était, mais dans ma tête, les questions se bousculent. Cette famille est vraiment unique, et je me demande encore comment tout cela fonctionne chez eux. Bizarrement, je me sens bien ici. Différent, mais bien.

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